Transport urbain : Quand les sotrama font la beauté de Bamako !

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Nous sommes à Bamako, la capitale du Mali. Ici, Le soleil se lève à 7 heures pendant la fraîcheur, et chacun se dirige vers ses occupations. Au quotidien, la plupart des habitants de la capitale malienne se déplacent avec les SOTRAMA. C’est un terme pour designer les minibus de couleur « Verte », qui servent de transport urbain dans notre chère capitale. Ce moyen de bort a deux pilotes. Il s’agit bien évidemment d’un chauffeur et son apprenti. Il ne possède pas d’arrêts officiels, tout s’arrange là où le client peut jaillir.

Il est 7h 30 mn, nous voilà dans un arrêt fictif, je veux dire au bord du goudron, et nous nous apprêtons à embarquer pour la ville. Tout à coup, un véhicule de couleur verte s’afficha le long du goudron une main en l’air avec un son étrange qui prononça ceci : « Raida ! Raida !

Si tôt que ma tante Kadi souleva son doigt, du coup un fracas de main fit arrêter un « minibus vert » à nos pieds. Ce signe d’embarquement m’a paru très absurde, car je venais d’arriver à Bamako, la capitale malienne. « Je n’étais pas encore au bout de mes surprises ! ». L’embarquement effectif, les uns collés aux autres ; nous voilà formé une figure rectangulaire sur quatre bancs dans le wagon du minibus, la fameuse SOTRAMA.

Des odeurs de toute sorte s’affrontèrent dedans, car le passage de l’air fut bloqué par l’apprenti qui servait une fermeture au flanc du véhicule en signe d’appel à la clientèle. Des barres transversales au dessus de nos crânes pouvaient nous aider à nous maintenir sur place afin de ne pas nous marcher dessus. Le chauffeur pressé ou agité ? S’enfonça en toute allure sur le goudron. « Le chemin étant encore long, l’aventure devenait alors chacun pour soi et Dieu pour tous sans ceinture de sécurité ».

L’heure était grave et les mines serrées, me voilà jeté un coup d’œil à ma tante Kadi qui ne présentait aucun signe de peur. C’est là où l’on saura que l’habitude est une seconde nature. L’aventure continue quand même…. Le freinage brusque et les sots instantanés de l’apprenti ne feront pas défaut, car la recherche de clientèle oblige. C’est le milieu où j’ai découvert que la solidarité envers les clients ne dure que quelques secondes, de l’embarquement au paiement de transport.

Arrivée dans un monde si étrange où une foule nombreuse faufilait entre des tas de sotrama, sans peur ni crainte : « C’est ici l’artisanat, où se fait le transit », a dit tante Kadi. De part et d’autres, des apprentis sotrama couraient en une allure comparable à celle de l’autriche dans le désert, souvent à des destinations inconnues, tout en gardant suspendus à leurs bouches des sachets remplis de cafés noirs. Quel métier, quelle énergie !

Dans le métier de Sotrama, « pas besoin de diplôme » – quelques jours de stage rémunéré, aussitôt un contrat s’annonce – nul besoin de parler français ou de recruter un interprète pour communiquer avec les passagers qui ne comprennent pas le Bamanankan, car il y a toujours un passager qui répond bénévolement à ce besoin.

Par ailleurs, il faut être rapide : qu’il s’agit de parler, de comprendre, de calculer, de rechercher les passagers – il faut maîtriser les arrêts de Sotrama sur toutes les lignes, aussi le jargon utilisé, par exemples : Saou (serpents) pour désigner les policiers de la circulation, Koro-kara/Nonssi (tortue/caméléon) pour désigner les personnes âgées, qui marchent très lentement, Moussokoroba (grand-mère/vielle femme) terme moqueur à l’endroit des jeunes filles, Sèdè-sèdè (du peuhl, doucement) pour demander au chauffeur d’aller doucement, Taakè-nèkèla (mettre le feu au fer) pour dire au chauffeur d’accélérer, To-go (jargon ivoirien) signifie100 FCFA.

Dans ce secteur, la promotion féminine est timide, car le genre et l’émancipation n’ont pas encore fait leur apparition dans le cahier de charge. Ce qui fait la beauté du métier sotrama, les apprentis chauffeurs enseignent indirectement les clients des quartiers et les lignes de Sotrama à Bamako. « Raïlda, Madina-coura, Lafiabougou-kôdaa les arrêts de Sotramas : Pinèba-carré à Magnambougou, Worobinè-da à Missabougou, Sidiki-ka-sirafara, Yirini-kôro à Badalabougou etc ». Du lieu d’embarquement à l’artisanat, j’ai appris involontairement tous ces endroits sans y fouler les pieds. Quel passionnant métier ! même si personne ne le conseil à son enfant.

Ibrahima DIA

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