Usurpation de parcelle à N’Tabacoro : Sékou Guindo,  maire ou prédateur foncier ?

le Maire Sekou GuindoAdama Soumounou, un Malien résidant en France, vit, depuis environ  3 mois, un feuilleton foncier avec un élu de la nation dont il aurait bien voulu se passer. Il se dit victime des manœuvres d’un  maire de la région de Mopti, répondant au nom de Sékou Guindo, qu’il accuse d’avoir occupé « illégalement » ses parcelles.

Le litige foncier est devenu le quotidien des Maliens. Mais, nombre de ces litiges relèvent en réalité d’un véritable rapport de force entre des citoyens nantis et les pauvres qui sont les plus souvent expropriés. Adama Soumounou affirme être du lot des victimes, mais il ne compte pas croiser les bras. Mercredi 27 février 2019, il a animé une conférence de presse à Magnambougou, au cours de laquelle il a affirmé que son seul péché dans cette affaire est d’avoir tenté de construire sur ses parcelles, acquises légalement depuis 2009.

De son point de vue, Sékou Guindo sous prétexte d’être un élu, défie toutes les autorités maliennes en refusant de répondre à leur convocation afin de statuer sur ce litige foncier dans lequel il est cité. Selon lui, après moult tractations, le maire Guindo a reconnu verbalement qu’il y a eu une  erreur et  il s’était dit prêt à renoncer à ces parcelles. A travers un enregistrement d’une conversation téléphonique, le maire Guindo a été on ne peut plus clair : «Je n’aime pas trop polémiquer sur  les problèmes de parcelle. Dieu merci, j’ai plus de 80 parcelles à Bamako. Pour ton cas, c’était une erreur du géomètre qui avait mal tracé. On va solutionner le problème». Le hic, selon Soumounou, est qu’à ce jour, l’élu refuse toute collaboration, refusant de se rendre à la police pour joindre l’acte à la parole, comme convenu avec Adama Soumounou qui a fait six fois le trajet Paris-Bamako pour trouver un dénomment heureux à cette affaire. Que se cache alors derrière ce refus du maire ? L’on ne saurait répondre à cette question pour le moment. Toujours est-il que les investigations se poursuivent.

Comment en est-on arrivé à stade ?

Adama Soumounou dit avoir acheté 4 parcelles contigües à N’Tatabacoro en 2009, appartenant au professeur Lassana Kanté, chirurgien à Bamako. Il dit avoir réalisé sur ces parcelles quelques années plus tard, en faisant des soubassements, avec une chambre et un puits. C’est seulement en décembre dernier que son papa lui a attiré l’attention en l’informant que des inconnus sont en train de construire sur ses parcelles. De facto,  Adama Soumounou s’est donc rendu à Bamako. Sur les lieux, il déplore avoir constaté des constructions sur ses parcelles. Pour en savoir davantage, il décide d’appeler les numéros qui étaient sur les piquets.  « Tous m’ont confirmé par téléphone que c’est le maire Sékou Guindo qui a vendu ces parcelles. Ainsi, j’ai appelé Sékou Guindo en personne depuis la France pour lui dire que les parcelles sont à moi et que j’ai les titres de propriété. Il a d’abord essayé  de m’intimider en disant qu’il allait m’enfermer une fois que je serai à Bamako. Séance tenante, j’ai pris l’avion pour Bamako pour voir s’il peut m’enfermer comme il le prétend. J’ai décidé de saisir les autorités en portant plainte au 13ème  arrondissement, avec un soit transmis vers le bureau du procureur de la république près le tribunal de grande instance de la commune 6. L’affaire a ensuite été confiée à la Brigade d’investigations pour enquête. Comme j’avais des impératifs à régler à Paris, j’ai donné une procuration à mon jeune frère qui a été entendu», informe notre interlocuteur. Adama Soumounou informe que notre élu a non seulement vendu les 4 parcelles à 4 personnes différentes, mais qu’il s’est permis aussi de démolir son soubassement et quelques réalisations déjà faites sans aucune décision de justice (démolition). Le sieur Soumounou ajoute que c’est au cours des investigations que le maire l’a appelé pour lui dire que c’était une erreur du géomètre qui avait mal délimité. Adama Soumounou  ajoute que le maire Guindo a ensuite présenté ses excuses et rassurer qu’il allait solutionner le problème. Qu’à cela ne tienne, M. Soumounou l’informe qu’il a déjà porté plainte et que c’est à la justice de trancher. Mieux, il dira qu’il a été sommé d’arrêter tous les travaux en cours.  C’est dans cette logique que le sieur Soumounou lui a proposé d’aller à la police pour faire un écrit qui prouve qu’il renonce à ces parcelles. Depuis ce jour, le maire dit ne pas être disponible.  Et jusqu’à ce jour, rien. La police l’a porté absent chez lui à plusieurs reprises. Notre interlocuteur dira également que le Maire se dit être permanâmes en mission de la part du Premier Ministre pour tenter de régler le conflit en Bozos et Peulh.  C’est après moult tractations que le sieur Soumounou a décidé d’organiser une conférence de presse et d’adressé une lettre ouverte au président de la République Ibrahim Boubacar Keïta avec plusieurs ampliations. «Je suis un Malien et je veux savoir si réellement le maire Sékou Guindo est au-dessus de la loi ?», s’interroge Adama Soumounou.

Le maire récidiviste

Ce n’est pas la première fois que ce maire est impliqué dans des scandales fonciers. Une autre victime nous fait le point pour son cas. Il s’agit du Commandant de brigade de la gendarmerie, Adama Diarra. Ce dernier nous confirme qu’il a été aussi victime des manœuvres du même Sékou Guindo qui, dit-il, lui a vendu des parcelles litigeuses.

Autres remarques faisant planer le doute sur le comportement de l’élu de Bandiagara, c’est son aveu de détenir à ce jour plus de 80 parcelles à Bamako en son nom. On est en droit de se demander d’abord comment une seule peut être propriétaire d’un tel nombre de parcelles rien qu’à Bamako.  Que se cache alors derrière le refus du maire de se rendre à la police pour joindre l’acte  à la parole? En tout cas, un certain nombre d’interrogations poussent à croire que le maire Guindo est loin d’être un exemple. Pour Adama Soumounou, l’affaire est loin d’être terminée, puisqu’elle pourrait être portée, dans les jours à venir, à la connaissance des tribunaux. Et le fameux maire risque d’être poursuivi pour complicité d’occupation illégale de parcelles.

Affaire à suivre…

MKL

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