Au Cameroun, les anglophones se sentent marginalisés

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La tension est retombée mercredi à Bamenda dans le nord-ouest du Cameroun après deux jours de manifestations. Les affrontements avec la police ont fait un mort, selon le gouvernement. L’opposition, elle, parle de trois victimes. A l’origine : une grève des professeurs pour dénoncer la nomination d’enseignants francophones dans les écoles anglophones. Mais lors des manifestations, les slogans portaient aussi sur d’autres sujets. Seule constante, le ressentiment de la minorité anglophone.

Les enseignants appelaient les élèves et leurs parents à rester chez eux. Pourtant ces deux derniers jours, de jeunes manifestants sont sortis crier leur colère. Les anglophones ont le sentiment d’être marginalisés.

Le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, assure que ce n’est pas le cas. « Personne ne saurait être ostracisé, personne ne saurait être discriminé du fait de la langue parmi ces jeunes-là, à moins qu’ils ne soient alors instrumentalisés, à moins qu’on ne se serve d’eux comme levier pour des revendications purement politiciennes », assure-t-il.

Pour l’instant, les protestations semblent spontanées. Mais ce mouvement est suivi de près par le SCNC (Southern Cameroon National Council) qui réclame depuis des années la sécession du Cameroun anglophone. Le mouvement n’est pas à l’origine des manifestations, mais y est très attentif. Le docteur Ngala Nfor est le président du SCNC. « Le pouvoir est totalement insensible aux préoccupations. Sous prétexte d’harmonisation, ils veulent anéantir les systèmes éducatif et juridique anglophones. Ces systèmes doivent être respectés ! Mais les autorités ne veulent pas l’entendre », affirme-t-il.

Tasi Ntang Lucas est un ancien député de l’opposition et représentant des enseignants anglophones. Il prévient que la grève va se poursuivre et rappelle les revendications des professeurs.

Nommer quelques anglophones aux postes importants en ce qui concerne l’éducation nationale, parce que pour le moment il n’y en a pas.

Les autorités se disent pourtant prêtes à discuter. D’ailleurs, des réunions ont déjà eu lieu avec les avocats et enseignants anglophones en grève. Sans avancées concrètes pour l’instant, puisque ça n’a pas empêché la grève de commencer lundi. Les discussions vont se poursuivre, comme l’explique le ministre camerounais de la Communication.

Issa Tchiroma Bakary estime d’ailleurs que certaines revendications doivent être prises en considération. « Sur les propositions fondées, le Premier ministre instruira son gouvernement pour qu’on leur trouve des solutions idoines. Je peux vous garantir que la troisième ou la quatrième génération parlera plus français qu’anglais dans notre pays. La tendance, elle est là. Donc, si au niveau du secondaire, on a tendance à recruter plus ceux qui sont francophones, c’est peut-être que c’est une question de loi de l’offre et de la demande », soutient-il.

Le ministre de la Communication précise en revanche que, contrairement à ce qu’affirment les grévistes, les deux universités anglophones du Cameroun recrutent davantage d’anglophones que de francophones.

Rfi

 

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