Conférence à Moscou sur l’Afghanistan sans les Etats-Unis

MOS

La Russie organise ce vendredi 14 avril une conférence internationale sur l’Afghanistan. Une première rencontre régionale sur le règlement de la crise dans ce pays a déjà eu lieu à Moscou le 15 février dernier. Outre la Russie et l’Afghanistan, les pays d’Asie centrale sont invités, ainsi que la Chine, l’Inde, le Pakistan et l’Iran. Les Russes ont également invité les Etats-Unis qui n’ont pas répondu. Dans une récente interview destinée aux pays d’Asie centrale, Vladimir Poutine s’est expliqué sur le nouvel intérêt des Russes pour l’Afghanistan.

Les Russes ont déjà tenté dans le passé de jouer les médiateurs, et plus récemment en février dernier. Une réunion avait été organisée par Moscou avec l’Iran, la Chine, le Pakistan, l’Inde et l’Afghanistan. Une réunion à six pour parler de la crise afghane et des propositions de solutions à mettre en place. Les Américains ont également essayé sans succès.

Pour Moscou, le rétablissement de la stabilité en Afghanistan est nécessaire pour faire barrage aux trafics et au terrorisme qui passent par l’Asie centrale. Et cela passe par une réconciliation des différentes forces en présence. Le président russe précise qu’il faut établir le contact avec toutes les forces qui acceptent trois principes : la reconnaissance de la Constitution, le désarmement, la réconciliation nationale. Et il n’exclut pas les talibans, explique notre correspondante à Moscou, Murielle Pomponne.

D’après l’ambassadeur russe à Kaboul, Alexandre Mantiytskiy, la Russie a établi récemment un dialogue avec les talibans. Selon Moscou, les talibans ont des ambitions politiques nationales, mais ne s’inscrivent pas dans une logique hégémonique comme Daech, et seraient même le meilleur rempart aux mouvements terroristes dans la région. Un ex-chef taliban affirme pour sa part que les contacts avec la Chine et la Russie existent depuis trois ans.

Certains talibans voient en effet d’un bon œil l’initiative russe. C’est le cas de Nader Muhtmayaun, un ancien responsable sous le régime taliban qui explique que l’implication de « la Russie et de la Chine modifient les règles du jeu » et que « les Etats-Unis ne peuvent plus prendre des décisions unilatérales ».

Ces deux dernières années, le gouvernement afghan a tenté de nouer le dialogue avec les talibans mais ces derniers refusent toute négociation tant que des soldats étrangers se trouvent sur le sol afghan.

La relation entre Moscou et les talibans pointée du doigt

Ces dernières semaines ont été marquées par de nombreux articles dans la presse afghane dénonçant les échanges entre la Russie et les talibans. Ce que ne nie pas Moscou, qui réfute en revanche tout soutien militaire aux insurgés. Il y a un peu plus d’un mois, c’est le chef des forces américaines en Afghanistan, qui dénonçait la Russie comme faisant partie des pays qui contrariaient les efforts de l’Otan pour stabiliser le pays en donnant de l’« influence et légitimité » aux talibans.

En milieu de semaine, l’ambassade russe à Kaboul a envoyé un communiqué à toute la presse afghane et étrangère basée en Afghanistan pour se défendre de fournir une quelconque aide logistique ou financière aux talibans. Cette implication récente de la Russie dans le règlement de la crise afghane intervient également dans un contexte de menace de l’organisation Etat islamique. Il n’y aurait plus que 700 combattants contre 3 000 à leur apparition dans le pays il y a deux ans.

Mais de nombreuses voix s’inquiètent de voir leur rangs gonfler et essaimer dans toute la région, d’où l’intérêt également que portent les pays voisins de l’Afghanistan aux négociations de paix entre le gouvernement et les talibans, qui, sur le terrain, se retrouvent à combattre le groupe terroriste présent en Syrie et en Irak notamment. Moscou souhaite donc impliquer d’autres pays. Et la Chine, l’Iran ou le Pakistan sont précisément demandeurs, au nom de la lutte contre Daech, qui déstabilise leurs Etats respectifs.

Une initiative russe inutile, selon de nombreux analystes

Mais dans la mesure où ni les Etats-Unis ni les talibans ne sont présents il est difficile d’imaginer que cette conférence puisse avoir un réel impact. Et cela est d’ailleurs confirmé par le choix de la délégation afghane en Russie. Aucun ministre n’est présent. Aucune personnalité importante du gouvernement.

Le porte-parole du ministère afghan des Affaires étrangères a d’ailleurs rappelé que cette réunion à Moscou n’est pas une alternative au processus de paix qui a été initié et dirigé par le gouvernement légitime d’Afghanistan, rapporte notre correspondante à Kaboul, Sonia Ghezali.

rfi

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