En Irak, seule solution contre la canicule et les coupures d’électricité : la glace

blocs

En plus des drames qui se succèdent dans leur pays, les Irakiens doivent faire face depuis le mois de juillet à une chaleur insupportable qui frôle les 60 degrés dans certaines régions du pays. Or, l’Irak connait des coupures d’électricité qui peuvent durer jusqu’à 12 heures par jour. Pour se rafraîchir, pas le choix : les Irakiens doivent utiliser… des blocs de glace.

En Irak, les températures atteignent en ce moment jusqu’à 57 degrés. À tel point que deux jours de vacances ont été décrétés dans le pays le 1er et le 2 août. Cette chaleur dure pendant toute la période estivale, qui s’étend d’avril à fin octobre chaque année et atteint des records durant les mois de juillet et août.

En plus de la chaleur extrême, depuis la Guerre du Golfe en 1990, l’électricité est régulièrement coupée dans le pays. La situation s’est aggravée depuis l’invasion américaine en 2003. D’après une enquête de Irak Knowledge Network (Ikn), un organe gouvernemental, cette coupure d’électricité dure quotidiennement 12 heures dans plus de 70 % des foyers irakiens et peut atteindre 20 heures par jour en période de crise, comme lorsque l’Iran avait décidé de couper l’électricité fin avril pour défaut de paiement du gouvernement irakien.

D’après un rapport réalisé en 2015 par des spécialistes internationaux de l’énergie pour le compte du gouvernement irakien, le pays aurait besoin de 30 000 mégawatts d’électricité par an, alors qu’il n’en produit que 10 000 dans les meilleures années. Une situation qui fait perdre plus de 36 milliards d’euros par an à l’Irak, à cause des coupures d’électricité dans des secteurs importants de l’économie.

Les ménages sont bien évidemment aussi handicapés au quotidien. Pour faire face aux coupures d’énergie, des petits métiers fleurissent et permettent à certains Irakiens d’engranger quelques revenus alors que le taux de chômage s’élevait encore à 25 % en 2015

Ainsi, depuis des années, les Irakiens achètent des blocs de glace auprès de vendeurs ambulants répartis dans tout le pays. Ils les utilisent essentiellement pour réduire la température de l’eau du robinet, qui peut atteindre 70 degrés. Cette eau refroidie permet ensuite de satisfaire des besoins primaires, comme le détaille notre Observateur.

Notre Observateur Tahseen Al-Zarkani est un journaliste indépendant qui vit à Diwaniya, dans le sud du pays. Il a filmé pour nous toutes les étapes de construction des blocs de glaces et a interrogé des vendeurs ambulants sur leur petit commerce.
Notre Observateur a filmé des vendeurs de blocs de glaces ambulants travaillant sous la chaleur à Diwaniya (Vidéo: Tahseen Al-Zarkani)
“Les Irakiens refroidissent l’eau à l’aide des blocs de glaces pour prendre un bain, laver leur vaisselle ou leur linge ”

Tahseen al-Zarkani
Tahseen al-Zarkani
Une famille moyenne a besoin d’un demi-bloc de glace par jour, tandis qu’une autre composée de plus de dix membres aurait besoin d’un bloc ou d’un bloc et demi par jour. Dans les villages éloignés, il arrive même que des citoyens achètent des blocs de glace en plus dont ils n’auraient pas forcément besoin, pour avoir des provisions en cas de dégel rapide à cause de la chaleur.

Lorsque les Irakiens refroidissent l’eau à l’aide des blocs de glaces, ils l’utilisent pour prendre un bain, laver leur vaisselle ou leur linge. En l’absence d’un frigo pour cause de coupures d’électricité fréquentes, les citoyens utilisent les blocs de glace pour conserver plusieurs aliments tels que la viande.

Diwaniya est une ville pauvre, donc à moins d’avoir un salaire de haut fonctionnaire, le prix des blocs de glace demeure relativement élevé pour une famille moyenne obligée de subvenir à tous les autres besoins quotidiens.

“Les vendeurs s’approvisionnent auprès d’usines vers 5h ou 6h du matin afin que leur stock ne dégèle pas trop en route ”

A l’intérieur d’une usine de fabrication des blocs de glace à Diwaniya (Vidéo: Tahseen Al-Zarkani)
Avec la chaleur qui sévit, ce métier a de plus en plus de succès mais il reste très fatigant, car il faut être en bonne santé pour soulever les 15 à 20 kilos que pèsent les blocs de glace, et supporter les températures étouffantes. À Bagdad par exemple, on compte plus de 1 000 vendeurs ambulants. Chaque jour, ils s’approvisionnent auprès d’usines spécialisées dans la fabrication de blocs de glace. Et comme celles-ci sont généralement basées en dehors des villes, les vendeurs doivent s’y déplacer vers 5h ou 6h du matin afin d’éviter que leur stock ne dégèle trop en route à cause de la chaleur.

Ils transportent ensuite leurs blocs de glace par différents moyens selon la quantité dont ils disposent : s’ils récupèrent 30 blocs de glace de l’usine, ils se déplacent en mobylette. Par contre, s’ils comptent revendre 1 000 blocs de glace, ils les placent dans un camion qu’ils possèdent ou alors qu’ils ont loué.

C’est un métier qui rapporte assez bien en général. Les vendeurs peuvent gagner en moyenne 25 à 30 dollars (22 à 26 euros) par jour durant les sept mois d’été. [Dans les régions pauvres de l’Irak, le revenu par habitant ne dépasse pas les 45 euros par mois, tandis que dans une ville riche comme Bassora celui-ci atteint les 450 euros selon les dernières statistiques du gouvernement irakien] Ils vendent les blocs de 2 000 à 6 000 dinars irakiens l’unité (1,50 à 4,50 euros). Le reste de l’année, ils s’improvisent en vendeurs de gâteaux ou de fruits.

Lorsque la durée de coupure d’électricité est longue, la demande est encore plus importante, et le prix des blocs de glace augmente aussi. Quand l’Iran avait décidé de nous couper ses sources d’électricité il y a quelques mois, le prix des blocs de glace avait atteint les 8 000 dinars (6 euros) la pièce à Diwaniya, dans le sud du pays.

France24

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