Formation en art floral : une réfugiée congolaise projette de créer son entreprise de décoration

Capture

Le centre Kadiatou Thiam, un centre de formation et de production pour les femmes vient de terminer deux semaines de formation en art floral en faveur d’une dizaine de participantes. A cette formation a pris part Ovazolebo, une réfugiée d’origine congolaise vivant au Mali depuis 2014. Esthéticienne de profession, cette formation fait naître en Ovazolebo de nouvelles idées pour la création d’une entreprise de décoration et de coiffure.

C’est à la suite d’une fine pluie qui a arrosé la capitale Bamako, que nous rencontrons Ova, comme elle se fait appeler par ses camarades. Toute souriante, elle nous reçoit dans une salle où sont exposées leurs œuvres, des bouquets réalisés à la fin de leur formation en art floral, « Ikebana » en japonais.

Timide, dans un sourire, Ova nous fait découvrir ses créations dont elle connait même les noms en japonais. Mais derrière ce sourire et cette âme d’artiste se trouve une histoire, qui a fait fuir Ova de son pays natal, laissant derrière elle ses enfants et tout ce qu’elle avait pu réaliser au prix de grands efforts.

« Je suis arrivée au Mali en 2014, pour rejoindre mon époux, qui avait fui les persécutions des forces de l’ordre en RD Congo. Mon mari avait un restaurant dans une province dans le district de l’Equateur en dehors de Kinshasa. En 2011 avec la rébellion des insurgés de cette province, il a été obligé de fuir après un assaut des forces gouvernementales dans le village où il était. Ils cherchaient des rebelles, et c’est ainsi qu’il a été arrêté et mis en prison, pendant un certain temps. Après plusieurs jours d’arrestation, il a été relâché avec l’aide d’un officier. Il a alors fui vers la république centrafricaine, puis le Nigeria, le Bénin avant de venir ici au Mali en 2011», nous raconte-t-elle d’une voix brisée, avant de continuer.

« Je l’ai rejoint ici au Mali en 2014, car les forces gouvernementales continuaient à faire des descentes surprises là où je vivais avec mes enfants, pour vérifier si mon époux était revenu. Nous étions constamment persécutés, effrayés et surtout humiliés car ils ont fait courir la rumeur que mon mari était un informateur des rebelles, car il avait un restaurant où beaucoup de gens allaient manger. C’est ainsi qu’on l’a accusé d’être un espion des rebelles. Pendant un long moment je n’ai eu aucune information sur là où se trouvait mon époux, c’est après de long mois sans nouvelles qu’il nous a appelé du Mali pour nous dire qu’il était ici et qu’il ne craignait plus pour sa sécurité. Lui faisant le récit des descentes répétées des militaires pro-gouvernementaux chez nous, il m’a demandé pour ma propre sécurité de venir le rejoindre au Mali.»

Nostalgique de son Congo natal, malgré les douleurs qu’elle y a vécu, Ova a un regard positif sur ce qu’est la vie au Mali. « Ici au Mali, malgré nos moyens modestes, nous sommes en sécurité et personne n’en veut à notre vie. Et avec la population malienne nous n’avons aucun problème. Nous menons une vie tranquille et tout se passe bien. D’ailleurs avec cette formation je me suis fait de nouvelles amies, parmi lesquelles j’ai passé dix agréables journées.»

Esthéticienne de profession, la motivation et l’intérêt de Ova à prendre part à cette formation, était dans le but d’avoir un plus en terme de connaissances. «Mon intérêt pour cette formation en art floral japonais tire son origine de mon premier métier que je pratiquais dans mon pays. Je suis d’abord esthéticienne et j’avais un salon de coiffure dans mon pays. Avec cette formation, j’ai beaucoup de souvenirs qui refont surface et m’ont fait penser à des projets futurs que je compte mettre en œuvre. Tout d’abord je remercie le HCR grâce auquel j’ai eu la chance de participer à cet atelier de deux semaines, ensuite je remercie le centre Kadiatou Thiam pour la qualité de la formation que nous avons reçu. En deux semaines, nous avons été initiées à la décoration avec les fleurs, à la confection de jolis bouquets de fleurs selon les techniques japonaises par une formatrice venue du Japon. C’est une expérience fabuleuse que je compte capitaliser dès que je pourrai ouvrir un salon de coiffure. Ainsi je vais combiner l’esthétique et la décoration, pour m’aider dans l’avenir, voire faire des expositions de mes créations lors des évènements phares auxquels sont invités les réfugiés, c’est cela mon objectif. Maintenant je vais prier pour que je puisse avoir un financement afin de pouvoir réellement mettre en œuvre ce savoir-faire que je viens d’acquérir.»

Le centre Kadiatou Tihama qui a initié, cette formation, est implanté en commune VI du district de Bamako. Un établissement privé qui offre aux femmes de tous horizons des opportunités de formation extrascolaires à caractère culturel, scientifique et technique. Il propose une formation mettant à la disposition des apprenantes des matériels adaptés. Afin de contribuer à l’autonomisation des femmes réfugiées, le centre a permis à Ova de participer à titre gracieux à ce programme. Après la formation en art floral, le centre projette d’ouvrir dès le 3 octobre 2016 d’autres modules de formation en maquillage, pâtisserie et économie familiale.
Photo : ©UNHCR/H. NGATTE

Pin It

One thought on “Formation en art floral : une réfugiée congolaise projette de créer son entreprise de décoration