Madagascar: interrogations sur le plan d’urbanisme après un éboulement meurtrier

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Jour de deuil, mercredi 21 février, au cœur d’Antananarivo. Les dépouilles des enfants décédés lors du gros éboulement survenu le samedi précédent ont été inhumées. Après ce drame qui a coûté la vie à sept personnes, l’heure est désormais aux travaux de déblaiement. Les ouvriers miniers ont commencé à fractionner les quelques 90 mètres cube de roches qui se sont détachées de la falaise. D’après les experts, un bloc menace encore de se décrocher de la paroi et de tomber en contrebas, sur les habitations. En fonction des rapports d’expertise, les autorités devraient bientôt décider s’ils font ou non évacuer les lieux. Mais la question est surtout de savoir comment des milliers d’habitations ont pu sortir de terre dans une zone si dangereuse ?
L’éboulement meurtrier a lieu dans le quartier d’Ambanin’ Ampamarinana, à une centaine de mètres en dessous du Rova, le Palais de la Reine, à Antananarivo. Dès le lendemain, le Premier ministre ordonnait l’évacuation temporaire du quartier, situé désormais en zone rouge. Mais pour cette habitante, dont la maison, construite il y a 36 ans, a été frôlée par le rocher de 70 tonnes, « hors de question de quitter les lieux comme ça ».

« A l’époque, on avait fait une demande au chef du quartier pour construire ici, explique-t-elle. Le service domanial avait donné son autorisation. On a fait mettre l’électricité et l’eau. On a toujours payé notre taxe foncière. Alors ce qu’on demande au Premier ministre, c’est que si on doit aller ailleurs, qu’on nous rembourse tout ce qu’on a investi ici ».

« Zone à risque et inconstructible »

Sa demande risque fort d’être déboutée. D’après Tolojanahary Andriamitantsoa, le directeur de l’Observatoire de l’aménagement du territoire, un service rattaché au ministère de l’Aménagement du Territoire, « les Malgaches ont tendance à confondre “titre foncier” et “permis de construire” ».

Il affirme que, « dans le plan d’urbanisme directeur, cette zone [de la Haute-Ville, avec sa forte pente], est une zone à risque et inconstructible ». Ce qui signifie « que ce sont des constructions illicites qui n’ont pas obtenu des permis de construire. On va donc reloger ces gens-là, pas dans le centre-ville mais en périphérie puisque le centre-ville de Tana [Antananarivo] est déjà saturé ».

L’officiel indique ensuite que, si les terrains seront donnés gratuitement, la construction de la maison, elle, restera à la charge des nouveaux propriétaires. Nombreux sont les sinistrés qui, du coup, n’auront d’autre possibilité que de rester chez eux, avec un rocher en guise d’épée de Damoclès.

Rfi

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