Mali: l’armée française passe le fleuve Niger avec armes et bagages

Gossi (Mali), 2 avr 2019 (AFP) – Après une série d’opérations militaires
pendant un an et demi dans le Liptako, dans le nord-est du Mali, la force
française antijihadiste Barkhane étend ses efforts de l’autre côté du fleuve
Niger, dans la zone adjacente du Gourma, frontalière du Burkina Faso.
Dans le Liptako, à la frontière entre le Mali et le Niger, où Barkhane se
bat depuis fin 2017 contre le groupe appelé Etat islamique au Grand Sahara
(EIGS), “on a atteint un certain point de développement, de restauration de
l’Etat malien et d’affaiblissement de l’ennemi”, estime le chef d’état-major
français, le général François Lecointre.
“A Ménaka (nord-est), il y a un véritable retour des habitants, la
réinstallation de l’Etat et le retour des forces maliennes, parce qu’ils
pensent que l’ennemi est désormais à leur portée”, fait valoir le général
Lecointre.
Ainsi, explique-t-il, “aujourd’hui, nous nous préparons à une extension
dans une autre région contigüe, le Gourma, pour conduire la même action”, tout
en continuant à soutenir le processus de stabilisation du Liptako, où sont
actuellement déployés 500 soldats français.
Vaste espace de passage situé sous la boucle du fleuve Niger, traversé par
la route reliant Bamako à Gao (nord), le Gourma s’étend sur trois régions
maliennes (Gao, Tombouctou et Mopti).

– Zone sanctuaire –

Le Gourma est “réputé être une zone sanctuaire” pour plusieurs groupes
armés, implantés notamment dans les forêts et à la frontière avec le nord du
Burkina Faso, souligne le général Frédéric Blachon, commandant de l’opération
Barkhane.
Le nord du Mali est tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes
jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée
en janvier 2013 à l’initiative de la France.
Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes,
françaises et de l’ONU, malgré la signature en 2015 d’un accord de paix censé
isoler définitivement les jihadistes, dont l’application accumule les retards.
Depuis 2015, les violences se sont propagées du nord au centre du pays,
beaucoup plus densément peuplé, où elles se mêlent très souvent à des conflits
intercommunautaires.
Une tuerie imputée à des chasseurs dogons se présentant comme un “groupe
d’autodéfense” antijihadiste a ainsi fait quelque 160 morts le 23 mars dans le
village peul d’Ogossagou, près de la frontière burkinabè.

– Carrefour de groupes armés –

Pour rayonner dans le Gourma, où l’armée malienne a subi ces dernières
semaines de lourdes pertes, Barkhane a fait sortir de terre une base avancée à
proximité de la ville de Gossi, propre à accueillir quelques centaines de
militaires français.
Outre quelques éléments de l’EIGS, dans le sud-est, plusieurs groupes armés
sévissent dans la zone. Parmi les plus actifs figure la “katiba (cellule
combattante) Gourma”, affiliée à la principale alliance jihadiste du Sahel
liée à Al-Qaïda.
Son chef, Al-Mansour Ag Alkassim, a été tué en novembre lors d’un raid
français dans le Gourma, mais le groupe continue de poser des engins explosifs
artisanaux et d’organiser des attaques complexes, selon l’état-major de
Barkhane.
Le groupe jihadiste Ansaroul Islam, lui, est implanté dans le sud du
Gourma, à la frontière burkinabè. Il est accusé de semer la terreur dans le
nord du Burkina Faso, en proie depuis 2015 à une spirale de violences que les
autorités semblent incapables d’enrayer, et qui s’est propagée dans l’est du
pays.
“Quand vous êtes dans le Gourma, vous êtes à la poignée de l’éventail. Vous
êtes notamment en mesure d’apporter un appui au Burkina s’il venait à le
souhaiter”, relève le général Blachon.
A terme, “en fonction des progrès que nous ferons en matière de sécurité et
développement et de réinstallation de l’Etat malien, il y aura une bascule de
l’effort dans le Gourma, avec une présence plus légère dans la zone du
Liptako”, explique le général Lecointre.
Plus à l’ouest, dans la région de Mopti où opère le groupe jihadiste du
prédicateur radical peul Amadou Koufa, “on est en mesure d’intervenir si
besoin”, commente un haut gradé français de Barkhane.
Mais “le gouvernement malien a toujours fait savoir qu’il s’occupait de
cette zone. C’est une question de fierté nationale”, tempère un autre haut
responsable militaire, écartant pour l’heure l’hypothèse d’une opération
française dans cette région, à l’image de l’implantation entamée dans le
Gourma.
dab/sst/jh/jhd

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