Mines : Swiss Bullion Company concurrencé à Bamako

Opérationnelle depuis novembre dernier, la raffinerie d’or du groupe suisse, unique en Afrique de l’ouest, voit son monopole au niveau national remis en cause par le ministère des Mines.

Plus de dix ans après avoir été sélectionné par l’État malien, le groupe Swiss Bullion Company (SBC) a inauguré en novembre la phase pilote de son projet de raffinerie d’or dénommée Kankou Moussa. Six millions d’euros ont été investis dans cette usine qui permet de fondre des lingots pur à 99,99 %.

Installée à proximité de l’aéroport Senou de Bamako, l’usine peut dans un premier temps raffiner 100 kilogrammes d’or par jour. Le processus de certification internationale de la raffinerie, type LBMA, a été lancé. Toutefois l’obtention de l’agrément ne pourra aboutir, pour des raisons réglementaires, qu’après deux ans d’activité. La phase 2, qui devrait débuter au cours du premier semestre 2016 permettra de pousser la capacité à 400 kilogrammes par jour. À terme, les promoteurs du projet souhaitent créer un centre de formation aux métiers du secteur aurifère.

Ambitions ouest-africaines

L’objectif de la raffinerie est de traiter non seulement la production industrielle malienne estimée à 50 tonnes, mais aussi celles des sites artisanaux, qui extraient 10 à 15 tonnes par an, soit environ 65 tonnes. Swiss Bullion vise également les productions des pays voisins comme la Guinée ou la Côte d’Ivoire qui produisent respectivement 16 et 18 tonnes d’or.

Pour le pays, troisième producteur africain du métal jaune derrière l’Afrique du Sud et le Ghana, ce projet s’inscrit dans la volonté de ne plus exporter des matières premières brutes non transformées. Actuellement, toute la production ouest-africaine est raffinée à Dubaï, Tel Aviv ou Johannesburg. Ni le Ghana, ni la Côte d’Ivoire, en dépit du lancement de plusieurs projets, n’ont aujourd’hui de raffinerie d’or en activité.

L’investissement de Swiss Bullion suscite déjà l’intérêt de plusieurs pays comme le montre le déplacement de l’ex Premier ministre guinéen Mohamed Saïd Fofana, venu à Bamako en octobre dernier rencontrer le président du groupe, Dario Litteria. À l’initiative du gouvernement guinéen, Swiss Bullion est entrain de réfléchir à monter un projet similaire dans la région aurifère de Kankan.

Boycott

Toutefois ces derniers mois, quelques nuages sont venus obscurcir les perspectives de SBC. Si Issaka Sidibé, le président de l’Assemblée nationale apporte toujours son soutien au projet, ce n’est plus le cas du ministère des Mines dirigé par Boubou Cissé, qui a boycotté l’inauguration estimant finalement le projet peu fiable techniquement.

« Le ministère soutient un nouveau projet concurrent porté par le groupement DRA-F Scott, proche de l’homme d’affaires Serge Tomi, grand ami du Président malien » a confié à Jeune Afrique, une source proche du dossier.

Contactée, la Présidence malienne a assuré que la libre concurrence est encouragée par le Chef de l’État. « Tous les projets sont les bienvenus. Nous reconnaissons que le secteur de la raffinerie est à développer , car est un élément de croissance potentiel » a confié un conseiller du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Un autre projet de raffinerie, saoudien celui-ci, serait également en lice.

Du côté de Swiss Bullion, Dario Litteria assure que son projet est l’objet de mauvaises allégations. « Nous avons demandé au ministère des Mines de nous indiquer les problèmes techniques de notre projet, pour le moment en vain » a confié au téléphone le patron toujours déterminé à achever son projet avant de poursuivre sous la forme d’un pied de nez : « Nous ne produisons pas d’or, mais nous le transformons. Notre activité dépend du ministère du Commerce et de celui de l’Industrie. D’aucun autre ».

Baudelaire Mieu

JA

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