Sirakoro, la petite Kidal de Bamako

touLes habitants de Sirakoro recréent l’atmosphère de Kidal.

Situé à la périphérie sud du District de Bamako, ce nouveau quartier en construction est depuis 2013 le centre d’attraction de la communauté touarègue.

La guerre au nord du Mali a occasionné un déplacement massif des populations touarègues, notamment de Kidal, vers la capitale malienne. Tous ceux qui y atterrissent préfèrent construire ou habiter à Sirakoro, un site de brousse autrefois, qui offre désormais le visage d’un quartier où la vie serait belle.

Dès l’entrée, en dépassant la cité BMS, au sud-est de la Tour d’Afrique, des villas, des maisons à étages, d’autres en construction s’offrent déjà aux regards. Par endroit, la verdure rappelle la période hivernale tant appréciée au nord, où l’eau c’est la vie. Dans les rues, on aperçoit des enfants, souvent en petits groupes, l’air joyeux.

Havre de paix Des femmes touarègues, arborant leurs voiles et d’autres accessoires culturels, sont aussi remarquables. Souvent, en fin d’après-midi, on les trouve assises devant leurs maisons, sur des chaises, des nattes ou à même le sable, faisant leur traditionnel thé des braises. Il en est de même pour les hommes, toujours enturbannés et habillés richement, satisfaits de l’air et de l’espace dont ils profitent.

« Ici, nous nous sentons bien. Les gens ont quitté leur région parce qu’il n’y avait plus de paix. Ici, il y a la paix », témoigne une jeune fille assise sous un arbre. Une autre confirme la présence significative des Touaregs dans le quartier : « les habitants d’ici appellent Sirakoro, « Sourakabougou », en faisant référence à nous » (terme générique faisant référence aux Maures, les Touaregs étant appelés en bambara « Bourdamé, ndlr). Les ressortissants du Nord, surtout de Kidal, et des habitants issus du Sud ou du Centre du pays cohabitent en symbiose à Sirakoro.

« Petit Kidal » est l’autre surnom de «Sourakabougou » où les Touaregs sont clairement plus nombreux qu’ailleurs à Bamako. « On ne peut pas faire trois rues sans rencontrer un Tamasheq ici. Nous-mêmes quittons souvent Faladié ou d’autres quartiers de Bamako pour venir ici », affirme un jeune touareg. Pendant les fêtes et autres cérémonies, comme les mariages et baptêmes, on se croirait presqu’à Kidal. Les festivités artistiques avec guitares et tendé sont célébrées comme dans le terroir natal. Une atmosphère qui témoigne d’une réelle nostalgie d’un retour chez soi. Un jeune Kidalois explique ce sentiment: « Ici ne peut pas être Kidal. Tu le sais, chez toi, ce n’est pas comme ailleurs. C’est là que tu es né. Tu as la nostalgie de certains oueds, de certains marigots. On a tous la nostalgie de chez nous ».

Les répercussions sociales de la crise qui a commencé en 2012 ont contraint certains Touaregs à quitter la capitale. Mais, après l’orage, c’est maintenant la petite Kidal leur lieu de prédilection. « Depuis que nous sommes revenues, nous nous sentons à l’aise ici, Dieu merci! Nous aurions préféré être chez nous. Mais, en vérité, chez nous tout est détruit » regrette cette Touarègue.

Achérif Ag Ismaguel

Journal du Mali

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