Niger : comment Hama Amadou compte faire campagne malgré son incarcération

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Peut-on être candidat à une élection présidentielle tout en étant incarcéré ? C’est la question à laquelle tente de répondre Hama Amadou, au Niger. En détention depuis novembre 2015, l’ancien président de l’Assemblée nationale espère toujours empêcher Mahamadou Issoufou, d’obtenir un nouveau mandat.

À un mois de la présidentielle nigérienne, Hama Amadou est bien candidat à la présidentielle, après validation de la Cour constitutionnelle. Celle-ci a notamment jugé qu’il remplissait toutes les conditions exigées, y compris en termes de bonne moralité et de bonnes mœurs. Toutefois, l’ancien président de l’Assemblée nationale n’est pas un candidat ordinaire.

Pas d’aménagement de sa détention

Arrêté le 14 novembre 2015, il est inculpé de « complicité de supposition d’enfants, faux et usage de faux en écriture publique et association de malfaiteurs », selon le mandat d’arrêt que Jeune Afrique a consulté. Il est toujours placé en détention à Filingué, à 180 kilomètres de Niamey. Malgré les démarches de ses avocats, ses demandes de liberté provisoire ont en effet été rejetées, notamment par la Cour d’appel de Niamey, le 11 janvier dernier, et il attend toujours d’être présenté à un juge d’instruction.

Sa qualité de candidat à la présidentielle n’a également pas été en mesure de modifier ses conditions de détention. Son régime de visites, dont chacune est soumise à un sésame de l’administration, est, selon nos informations, resté inchangé. Comme auparavant, il est autorisé à recevoir soixante visiteurs entre le samedi et le dimanche, le reste de la semaine étant réservé à sa seule famille. Une mesure qui, selon sa défense, empêche des entretiens satisfaisants avec des collaborateurs politiques.

« Il a la volonté mais cela ne suffit pas »

Le candidat du Moden Fa Lumana tente toutefois de faire campagne. Il s’efforce ainsi de transmettre des consignes à ses collaborateurs autorisés à franchir les portes de sa prison durant de courts laps de temps. « Il a la volonté mais cela ne suffit pas : même si sa candidature est validée, on lui refuse l’accès aux médias et la tenue de meetings », déplore cependant Me Boubacar Mossi, son avocat.

On lui refuse l’accès aux médias et la tenue de meetings

Les autres candidats sont en effet déjà dans les starting-blocks pour cette élection et préparent d’ores et déjà le lancement officiel de leur campagne, le 30 janvier prochain, en accord avec le calendrier de la Commission électorale nationale et indépendante.

Mahamadou Issoufou, en sa qualité de président sortant, multiplie les inaugurations d’infrastructures, comme celle du deuxième échangeur de Niamey, un chantier symbolique, lundi 25 janvier.

« Aucune intention » de retirer sa candidature

Hama Amadou ne serait cependant pas pour autant abattu, selon ses proches. De même source, l’ancien président de l’Assemblée nationale n’aurait « aucune intention » de retirer sa candidature. Selon Amadou Boubacar Cissé, celui-ci a également passé un accord avec les membres du Front patriotique et républicain (FPR, coalition de l’opposition), pour un ralliement au meilleur candidat de l’opposition en cas de second tour. La signature de cet accord, prévue dimanche 24 janvier, a été reportée. Toutefois, le principe n’en est pas menacé, selon une source proche du dossier.

Le Moden Fa Lumana semble donc condamné à faire campagne sans la présence effective de son candidat. Certains militants du parti ont notamment évoqué la possibilité, difficilement réalisable, de vidéo-conférences, afin de permettre au candidat de s’adresser, à distance, à ses militants. « Qu’il soit à Filingué ou au pôle Nord, sortons pour convaincre les indécis de voter pour notre parti », écrivait notamment le Moden Fa Lumana sur son compte Facebook, le 11 janvier.

Qu’il soit à Filingué ou au pôle Nord, sortons pour convaincre les indécis

Le parti devra toutefois composer avec l’absence de plusieurs de ses cadres, eux aussi maintenus en détention à l’heure actuelle. Parmi eux, Soumana Sanda, coordinateur à Niamey, détenu depuis novembre, et Issoufou Issaka, coordinateur régional à Tillabéri, arrêté dans le cadre de l’enquête sur la tentative de coup d’État mi-décembre. Hama Amadou avait d’ailleurs lui-même été interrogé par la police le 20 décembre, suite à la tentative de putsch. Il n’a pas été questionné depuis à ce sujet.

Mathieu Olivier/Jeune Afrique

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